Y a-t-il Un Sens à La Vie ?

Ce n’est pas être cynique que de s’interroger sur cette thématique. Je crois que chacun de nous est confronté tôt ou tard à cette question, même si nous ne prenons pas tous le temps de nous y arrêter et n’y apportons pas les mêmes réponses.

De temps en temps nous pouvons être traversé par le sentiment que tout ce que nous faisons est vain et vide de sens. Un sentiment de « à quoi bon tout ça? », un peu à la façon de Balavoine, se demander « pourquoi je vis, pourquoi je meurs ? ». Ici magnifiquement interprété par un jeune artiste contemporain.

Il y a des moments où nos actions nous semblent inutiles, nous avons la prétention de donner des leçons, d’indiquer aux autres la manière de mieux vivre, de moins souffrir, de mieux élever leurs enfants, etc. Chacun de nous a une vision de la vie, de ce qui est « juste », ou bien « normal », nous formons des catégories pour savoir si une personne est insérée dans la société, dans la norme, bénéficie de ses droits, et si ce n’est pas le cas, nous ambitionnons de la remettre dans le droit. Pour éviter d’admettre que c’est ce que nous faisons, nous parlons de « protection », « autonomie », « développement du pouvoir d’agir », etc. Tout cela peut ressembler à une vaste hypocrisie. Et d’ailleurs la vie en elle-même n’est-elle pas hypocrisie générale ? Une telle réflexion peut être resituée à l’intérieur d’une quête existentielle, celle de savoir à quoi sert la vie. À quoi riment toutes les actions que nous faisons ? Y a-t-il seulement du sens à rechercher un sens à la vie ?

Je pense à l’existentialisme de Sartre, mais hélas il ne me reste pas suffisamment d’éléments tangibles pour en discuter ici. En revanche je pense aussi à un autre auteur, Albert Camus, qui a proposé une réflexion autour du mythe de Sisyphe, personnage de la mythologie grecque condamné à faire remonter un rocher en haut d’une montagne, une fois la tâche accomplie, c’est le retour à la case de départ, le rocher se retrouve de nouveau en bas, et il doit recommencer encore et encore sans fin. Il y a deux aspects à cette situation, d’abord ce que Camus appelle le « cycle de l’absurde », et puis la fatalité de la situation. Sur l’absurdité, on peut bien se demander quel est l’intérêt qu’il y a à faire rouler un rocher en haut d’une montagne, qui doit en plus être très lourd, en dehors de l’entraînement physique que cela doit constituer. L’action en elle-même semble bien vaine et inutile, comme peuvent nous sembler nos propres actions ; ensuite, la punition de ces dieux laisse le sentiment qu’elle est bête et gratuite.

 

Le mythe de Sisyphe
Le mythe de Sisyphe

La vie peut sembler tellement rude, certes cela varie d’une personne à l’autre, qu’on peut se demander à quoi cela sert de naître dans un contexte plus ou moins clément, de traverser tout un tas d’épreuves plus ou moins agréables, dont on sort ou pas vivant et intègre, et finir par mourir en plus ou moins bonne santé. Pour un esprit sain, cela n’a aucun sens, on peut même se dire que ça ne vaut pas le coup. Face à cette absurdité, l’être humain est devant deux possibilités, soit il décide de s’extraire de cette absurdité en se supprimant (au sens propre ou au sens figuré), soit il décide de composer avec la situation en mettant en place des stratégies. Il y a plusieurs façons de se supprimer, il y en a qui se suicident, c’est radical, mais il y a bien d’autres façons dont nous nous extrayons de l’existence. C’est le cas par exemple quand nous nous réfugions dans des pratiques ou des consommations qui inhibent nos sensations et altèrent nos perceptions ; cela nous aide à atténuer le mal à vivre. Nombre d’existences sont en fait des non-existences dans la mesure où la personne évolue dans le monde à travers un filtre, en adoptant des pratiques ou des conduites qui font taire les questions sur l’existence, sur le sens de la vie. C’est la consommation de substances euphorisantes, hallucinogènes, inhibitrices. C’est encore l’hyperactivité pour éviter de se retrouver seul avec soi-même, seul avec ses pensées lancinantes sur le sens de la vie, sur la vacuité de nos actions, sur la fin inéluctable. C’est aussi l’ascèse qui vise à se couper du monde pour vivre une autre forme d’existence dans l’espoir d’y trouver du sens. Lorsqu’on ne se supprime pas d’une façon ou d’une autre, on met en place des stratégies qui prennent des formes diverses. Il y en a qui trouvent un sens dans le fait de croire en un dieu, d’autres se donnent des buts dans la vie, leur vie a du sens parce qu’ils fondent une famille, poursuivent une carrière, ou font les deux. Pour d’autre le sens de la vie repose sur la consommation et l’accumulation de biens ou d’expériences. Adopter des stratégies pour traverser la vie, pour y survivre, est l’option la plus valorisée dans la plupart des sociétés, c’est le signe qu’on est engagé, qu’on prend sa part dans le monde pour le rendre meilleur. Il n’y a pas de frontière étanche entre les différentes modalités d’existence, tout un chacun fait des mélanges en fonction du moment aussi.

kick chess piece standing
Photo de George Becker sur Pexels.com

L’autre aspect en dehors de l’absurdité est la fatalité, c’est l’idée que quoi qu’on fasse, la fin est la même pour tous, et que nous sommes tous condamnés à vivre. Ce qu’on ignore c’est quel sera le contenu de cette vie. Cela nous donne aussi paradoxalement l’impression, ou l’illusion, de pouvoir décider de la manière dont nous menons notre existence. Quel choix avons-nous réellement cependant ? Tellement de choses ne dépendent pas de nous. Le lieu où nous naissons, la famille ou son absence, l’héritage biologique, social, culturel, ou bien leur absence, les handicaps dont nous pouvons être affectés. Ce sont des choses sur lesquelles nous n’avons aucune prise et qui pourtant peuvent déjà conditionner notre existence. Quel est le choix de la petite Kadi par exemple ? Née avec une déficience lourde, dans un contexte où elle ne pourra pas bénéficier de soins médicaux pouvant améliorer son état ? Condamnée à dépendre de quelqu’un d’autre pour tous les aspects de son quotidien. D’autres choses dépendront des décisions que la personne prend et de leurs conséquences, mais il me semble que dès le départ il y a des situations qui semblent bien compromises d’avance. C’est sans compter l’intervention divine ou le hasard (comme on voudra), qui peut venir bouleverser une vie dans un sens comme dans l’autre. La petite Julie naît dans un pays pauvre, dans un contexte social de très grande précarité, avec une mère qui fait de son mieux, isolée de sa famille et après avoir été abandonnée par le père de l’enfant. Les premières années de cette enfant, bien qu’heureuse grâce aux soins et à l’amour d’une mère, ne laissent pas imaginer un avenir bien brillant. Quel peut être le sort de cette enfant que la mère n’a pas toujours les moyens de scolariser dans un environnement où même si c’était le cas, il n’y a aucune garantie d’avoir une situation professionnelle à cause des difficultés socio économiques du pays ? Vu comme cela on peut voir qu’il y a un grand risque pour que cette enfant devenue jeune fille soit exposée à toutes sortes de maux comme la prostitution, les grossesses précoces, ou encore le fait de dépendre entièrement d’un homme pour vivre. L’intervention de la vie peut soudainement faire basculer la vie de cette enfant du jour au lendemain. Au détour d’une rencontre fortuite, elle se retrouve entrain de vivre dans un pays développé, faire des études, travailler, voyager de par le monde et vivre une vie aux antipodes de ce qu’elle a connu plus jeune. Cela me fait aussi penser à Waris Dirie dont la vie a également basculé favorablement au point qu’elle est devenue une ambassadrice internationale de la cause des femmes excisées. À l’inverse, une vie qui avait bien démarré, qui « avait tout pour réussir », se retrouve du jour au lendemain dans l’incapacité de fonctionner. Tout ou presque s’arrête.

Qu’est-ce qui dépend vraiment de nous ? Qu’est-ce qui ne dépend pas de nous ? Je ne peux pas contrôler l’endroit où je nais, la famille qui m’accueille, l’état de santé dans lequel je suis. Je ne peux pas toujours contrôler les personnes que je rencontre, ni les événements qui arrivent. En revanche, je peux souvent choisir de quelle manière je vis ce qui m’arrive, de saisir ou pas les opportunités qui se présentent à moi. Je peux choisir de fréquenter telle ou telle personne, de vivre telle ou telle expérience sensorielle, de consommer des substances potentiellement addictogènes ou pas. De faire des activités où je risque de mettre ma vie en danger ou pas. Cette faculté de décider est plus ou moins grande selon les personnes et même selon les moments. Face au caractère absurde et plutôt fataliste de l’existence, nous sommes forcés soit d’être dans la lutte, soit dans l’acceptation. Le premier positionnement est épuisant et je ne suis pas sûre qu’il soit très productif. Le deuxième en revanche, mobilise notre capacité à nous adapter, il nous force à être créatif, lucide quant à l’absurdité. Comme le suggère Camus, il faut imaginer Sisyphe heureux dans la condamnation absurde contre laquelle il ne peut rien, on peut imaginer qu’il décide d’être heureux malgré tout. À ce moment-là il devient acteur et peut-être même qu’il décide de la manière dont il veut faire monter le rocher, lentement, rapidement, en chantant, en criant, en faisant des pauses, etc. Il n’a certes pas choisi la situation initiale, mais il choisit la manière dont il la vit et peut-être même qu’il va jusqu’à considérer que c’est la meilleure chose qui pouvait lui arriver. À l’image de Philippe di Borgo (qui a inspiré Intouchables) qui considère que finalement sa situation de paraplégie est une bonne chose dans la mesure où sa manière de vivre et de se positionner dans la vie en a été transformée pour le mieux d’après lui.

Serais-je la même personne si j’avais trouvé ma voie professionnelle tout de suite ? Serais-je la même femme si j’avais trouvé mon mari tout de suite ? Serais-je le même être humain si je n’étais pas capable de me poser des questions existentielles ?

Terminons par cette citation célèbre.

Changer ce qui peut être changé, accepter ce qui ne peut pas l’être et avoir la sagesse de distinguer les deux.

Prenons soin de nous.

À bientôt !

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5 commentaires Ajouter un commentaire

    1. Monaminga dit :

      Merci Michaël, c’est gentil 🙂

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  1. Un vaste sujet là aussi!
    On peut se poser la question. Je me la suis souvent posée d’ailleurs. Mais à force de chercher un sens, je me suis pas mal perdue aussi. Cela m’a fait évoluer sans aucun doute.
    Il y a plein de paramètres que nous ne choisissons pas, même si certaines personnes diraient le contraire – comme quoi notre âme aurait choisi au préalable de re-naitre ici ou là.
    Quand on a foi en quelque chose, je trouve que cela rend la vie plus symbolique. Pour ce qui est du sens, vivre en lui-même en a un. Celui de la vie elle-même. En tous cas c’est celui que j’ai choisi!

    Aimé par 1 personne

    1. Monaminga dit :

      Je trouve pas mal de se questionner sur ce thème, en revanche il faut pouvoir en sortir quelque chose de constructif. Il ne s’agit pas de rester dans un système où on tourne la question dans tous les sens sans jamais pouvoir en sortir et finir par se torturer. Là où ça devient intéressant c’est que je crois que chacun de nous reste libre de définir le sens que sa vie prend et c’est quelque chose qui se fait continuellement, il n’y a pas nécessairement de destination, c’est le parcours qui fait sens finalement. Merci de ton passage 🙂

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      1. Oui à partir du moment où ces questions nous permettent d’évoluer c’est toujours positif! Et en effet tout est dans le sens que chacun donne à sa vie. Là aussi il y a de quoi disserter!
        Merci

        Aimé par 1 personne

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