Comment Vous Faites ? Être Un Parent Non Violent

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Je voudrais commencer en disant que je NE SUIS PAS EN FAVEUR, ni n’encourage la violence envers les enfants ou tout être humain ou animal.

Je souhaite simplement partager des pensées sur ce que la parentalité m’inspire et ce qu’elle me fait comprendre du monde qui m’entoure. Je voudrais parler de la raison pour laquelle, peut-être, certains parents peuvent devenir violents envers leurs enfants à un certain moment. Par violence, j’entends l’utilisation de mots durs, de châtiments corporels, de menaces, d’intimidation, toute réaction qui montre que nous ne contrôlons plus nos émotions, que notre agressivité est en liberté et exprimée d’une manière destinée à faire taire l’autre. Cela arrive souvent lorsqu’on a le sentiment d’avoir tout essayé et que c’est notre dernier recours.

Revenons au moment où nous sommes célibataires, nous sommes libres de gérer notre temps et notre vie comme bon nous semble. Tout ce qui nous préoccupe c’est notre bien-être, nous organisons notre temps libre comme nous le voulons. Puis nous rencontrons notre moitié et décidons consciemment de « sacrifier » un peu de notre liberté et nous commençons à faire des compromis. Il se peut que déjà un certain ressentiment s’installe (consciemment ou pas), parce que le partenaire nous « empêche » d’être égoïstes et centrés sur nous-mêmes, nous sommes obligés de compter sur lui pour certaines choses, de tenir compte de lui avant de prendre des décisions de toutes sortes.

Encore un peu plus tard, un bout’chou arrive, qu’il ait été désiré ou pas. Le fait est que ce petit être humain demande beaucoup de temps, d’énergie, d’espace et d’attention. On ne dort plus autant qu’on le souhaite, notre vie dépend beaucoup du rythme du bébé. Nos projets sont faits en fonction de lui. Il fallait faire des compromissions pour une personne, un adulte qui pouvait s’occuper de lui-même, on se sentait peut-être dérangé de devoir partager notre espace, mais de temps en temps nous pouvions nous échapper en sachant qu’il serait capable de prendre soin de lui-même. Avec un bébé, c’est impossible. Il dépend complètement de nous sinon il se développe mal et peut même mourir s’il est trop négligé.

Certains diront, « vous avez voulu des enfants il faut assumer ». Je crois que personne n’est préparé au fait d’être parent. Cela dépend peut-être des enfants, certains sont plus faciles que d’autres, je ne sais pas, en tout cas personne ne vous dit vraiment ce que c’est, et on ne le sait pas avant de l’avoir vécu. Il y a une sorte de silence autour de la difficulté que c’est d’être jeune parent et même après. Tout le monde vous fait croire que c’est merveilleux, ils ne vous disent jamais à quel point ils sont fatigués, comment ils sont agacés parfois, à quel point ils sont perdus et se sentent seuls par moments. Tout le monde sourit, dit que c’est génial, que leur vie a changé (vous pouvez les croire!), à quel point un sourire de bébé est gratifiant, bla bla bla. La vérité n’est jamais dite, et peut-être que si elle l’était cela effraierait beaucoup de personnes en les dissuadant d’avoir des enfants. Là, je ne sais pas comment continuer sans vous faire peur.

Mon objectif n’est pas du tout de vous faire peur. La sagesse vient du désespoir. J’ai commencé en parlant de violence des parents envers leurs enfants. Je pense qu’elle est due en partie (voire en grande partie) d’une forme de ressentiment qu’un parent peut éprouver à l’égard de son enfant. Il ne peut pas se permettre de l’exprimer parce que c’est socialement inadmissible d’avouer qu’on en a parfois marre d’être parent, que parfois on aimerait revenir à une époque où on ne l’était pas, qu’on reproche à son enfant de prendre trop d’espace, de temps, d’énergie. On ne peut pas dire ça, les gens vous regarderont avec des yeux réprobateurs en vous faisant comprendre quel mauvais parent vous êtes.  Mais ce n’est pas parce qu’on ne le dit pas qu’on ne le ressent pas, et qu’on ne réagit pas mû par ces sentiments. Nos réactions trahissent nos sentiments and nos enfants le sentent.

Quand je dis violence, je ne parle pas seulement de violences physiques, bien qu’il puisse s’agir de ça aussi. Certains parents agressent leurs enfants, et c’est peut-être à cause de ce ressentiment (lorsqu’il n’y a pas d’altération de la conscience à cause de la consommation de drogues ou d’alcool). Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous étiez si facilement agacé et irrité par votre enfant ? Avez-vous déjà trouvé que vous surréagissiez à ses agissements ? Avez-vous déjà eu l’impression que vous n’aimiez pas votre enfant de la manière dont vous devriez ? Peut-être que vous êtes en prise avec ce ressentiment dont je parle.

adorable baby beanie bonnet
Trop mignon

Mais qu’est-ce qu’on pourrait bien reprocher à son enfant ?

« Je n’ai plus de temps pour faire mes trucs » ; « je n’ai pas bien dormi depuis des mois » ; « mon corps n’est plus le même » ; « ma femme préfère le bébé à moi » ; « nous n’avons plus d’intimité depuis la venue du bébé » ; « j’ai abandonné des projets parce que j’ai eu un enfant » ; « ma carrière est à l’arrêt parce que je m’occupe de mes enfants », etc. Il pourrait y avoir autant de raisons qu’il y a de parents, à vous de trouver les vôtres. Peut-être qu’on ne veut pas le reconnaître, mais croyez-moi, il y en a une ou plusieurs, et plus tôt on le comprend et plus tôt on peut devenir authentique.

C’est important de le reconnaître, de s’autoriser à le ressentir et à le verbaliser (bon, on ne va pas dire à son enfant qu’on lui en veut hein, attention aux dégâts possibles), non, se le dire à soi-même, à son psy, à son conjoint, quelqu’un en qui on a confiance qu’il ne nous jugera pas et accueillera cela. C’est un premier pas. Une fois qu’on l’a fait, on devient capable de prendre conscience que nos réactions sont dictées par les non-dits. Les enfants sont comme des éponges, ils ressentent les choses et peut-être que certaines de leurs attitudes de nervosité viennent de ce qu’ils perçoivent en nous et s’expriment par la seule façon qu’ils le peuvent en s’agitant (physiquement ou verbalement). Être parent est très exigeant, nous ne devrions pas nous mettre davantage de pression.

Alors si vous vous sentez souvent agacé par votre enfant, si vous avez parfois envie d’être dur avec lui sans vraiment comprendre pourquoi vous vous sentez si énervé à l’excès et vous êtes sur le point d’exploser, de hurler, voire taper, arrêtez-vous et demandez-vous d’où viennent ces émotions, pourquoi vous réagissez si violemment. C’est important pour nous les parents (ou toute personne qui est en lien avec des enfants), de connaître nos réactions, d’être au clair avec nos sentiments envers eux. Un petit enfant ne blâmera jamais un adulte, surtout sa figure d’attachement, il croira toujours être responsable, qu’il est mauvais et mérite un mauvais traitement. C’est comme cela que nous apprenons à laisser les autres mal nous traiter, à devenir des personnes qui cherchent à plaire à tout prix. C’est de notre devoir de nous assurer que nos réactions ne sont pas l’expression d’émotions refoulées qui font croire à l’enfant que c’est de sa faute. Nous réagissons comme si nous nous vengions.

 Dans tous les cas, lorsqu’on se sent dépassé et qu’on a juste envie d’aplatir la tête de notre enfant (même si on ne le fera pas vraiment, on fera certainement autre chose comme donner une fessée, crier, parler durement, punir, etc., toutes ces choses qui sont des formes de violences ordinaires), la première chose qu’on peut faire c’est de s’arrêter et ne pas réagir à chaud. Si c’est possible, il est conseillé de sortir de la pièce où l’enfant est et d’aller boire de l’eau. Cela permet de faire une coupure et de réfléchir à la manière de réagir de manière constructive, car il est prouvé qu’aucune décision rationnelle ne peut être prise lorsque nous sommes sous le coup des émotions. Essayez de voir à quel point l’action est grave, est-ce vraiment nécessaire de crier, punir, donner une fessée ? Qu’est-ce que votre enfant peut apprendre de cette situation ? Les enfants apprennent à gérer leurs émotions en nous observant, s’ils nous voient exploser, crier, taper, comment réagiront-ils à leur tour ? Probablement qu’ils exploseront, crieront, taperont. Nous pouvons apprendre à verbaliser nos émotions, lorsque nous nous sentons en colère, nous pouvons le dire, dire qu’on aurait envie de crier, taper mais qu’on ne le fera pas parce qu’on peut faire autrement. On peut pincer un coussin, dessiner notre colère sur du papier, taper du pied, aller courir (les émotions doivent s’exprimer d’une manière ou d’une autre), mais nous ne devons pas nous en prendre à quelqu’un d’autre pour exprimer notre colère ou notre frustration. C’est ce qu’on voudrait qu’ils apprennent alors nous devons leur montrer l’exemple, c’est le meilleur moyen de leur apprendre à gérer les sentiments violents.

J’ai essayé de décrire la difficulté qu’il y a à être parent (surtout la première fois), que la frustration peut mener au ressentiment et à des actes de violence envers nos enfants. J’ai aussi donné quelques astuces pour faire face aux moments où on sent qu’on va craquer.

J’aimerais beaucoup avoir votre avis sur ce sujet. Si vous êtes parent, étiez-vous préparé à la réalité que vous avez vécue ensuite ? Comment gérez-vous les émotions négatives fortes en rapport avec vos enfants ? Si vous n’êtes pas encore parent, avez-vous été effrayé par ce que je raconte ? Comment gérez-vous les émotions fortes en général ? Qu’avez-vous appris dans cet article ? Dites-moi aussi si vous voulez voir d’autres articles sur ce thème des relations parents / enfants.

Prenons soin de nous.

À bientôt !

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12 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Oui c’est dur d’être parent, on n’est pas préparé. Et tu as raison on en parle pas. Et quand on en parle, tout le monde ne comprend pas.
    Pour ma part j’ai des mots durs par moments, je dépasse la limite, je crie trop fort. Il y a des jours où j’arrive à faire une pause, d’autres pas. Quand je perds le contrôle, il n’est jamais en cause. Après coup on parle lui et moi, je lui dis mon ressenti, je lui dis que les parents ne sont pas parfaits non plus. Et que là maman a beaucoup d’émotions à gérer en même temps.
    Je ne m’aime pas beaucoup dans ces moments là, je me sens à bout. Alors je sais qu’il y a un besoin non satisfait en moi et qu’il est temps que je m’en occupe sérieusement.

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    1. Monaminga dit :

      Merci pour ton beau témoignage, je mentirais si je disais ne jamais hausser le ton ou être dur, je suis humaine. Et tu as raison, je crois que le fait de reconnaître nos limites et de les verbaliser avec l’enfant c’est positif et ça lui apprend à le faire aussi. C’est clair que lorsqu’on se sent moins disponible c’est probablement qu’il est temps de prendre soin de soi aussi 🙂

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  2. Très intéressant. Oui effectivement on nous dit tu verras c est super d’être enceinte (mouais vomir pendant un ou plusieurs mois bof il y a plus épanouissant quand même), ensuite viennent les nuits saccadées des premiers mois, les pleurs qu on ne sait pas identifier (je suis très calme mais mon ex partait dans tes colères car il ne supportait pas de l’entendre pleurer), et maintenant elle a 5 ans 1/2 mais ce n’est pas toujours simple il faut prendre le temps d’expliquer, de chercher à comprendre ses réactions et mes réactions et trouver une solution ensemble, lui apprendre l’autonomie tout en lui donnant de l’attention et de l’amour…. Je suis pour la psychologie positive mais je conçois parfaitement que ce n’est pas inné c’est du travail et du self control. Mais pour rien au monde je ferai marche arrière. Ma fille est mon rayon de soleil, ma petite philosophe.

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    1. Monaminga dit :

      Je me disais bien que nous étions plusieurs à lutter 🙂 Merci pour ton partage. Moi non plus je ne ferai pas marche arrière, et OUI c’est du travail malgré ce que certains pourraient appeler du laxisme parfois. S’ils savaient que c’est tellement plus facile d’appliquer les bonnes vielles punitions et menaces en tous genres.

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  3. Alors je n’ai pas d’enfant, pour beaucoup, beaucoup de raisons. Cela changera peut-être ! Mais je suis persuadée de savoir presqu’exactement ce que « ça fait » d’en avoir! Et je n’y suis clairement pas prête…
    Tu as raison quand tu dis que beaucoup de gens ne se rendent pas compte de ce que c’est avant d’en avoir un… mais c’est un vrai mal de notre société, ce n’est pas normal que l’on ne nous apprenne pas à être parent. Tellement de choses que l’on pourrait transmettre en amont… !

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    1. Monaminga dit :

      Oui! Pendant la préparation à l’accouchement quelques notions sur le développement psychique et émotionnel de l’enfant ne feraient pas de mal. De même que simplement dire aux parents qu’un nouveau né ça pleure beaucoup.

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      1. amtess dit :

        Être parent demande de très grandes responsabilités, de la patience, la tolérance et bien d’autres. Éduquer n’est pas facile et en moins éduqué son propre enfant. En s’énervant contre les enfants, il arrive que les parents s’énervent contre eux mêmes. Chaque fois qu’un parent frappe son enfant, il subit en retour des regrets profond et même si tous les parents ne peuvent pas demander pardon à leurs enfants en personne, beaucoup le demande profondément et d’autres le manifeste avec des gestes. Pour ce qui en est des parents qui agissent violemment sur leurs enfants sans cesse au point que l’enfant se demande souvent s’il est réellement du même sang que son parent, moi j’appelle celà de la jalousie selon mes remarques. Je trouve que beaucoup de parents sont jaloux de leurs enfants.

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      2. Monaminga dit :

        De la jalousie peut-être,en tout cas lorsque la violence physique se répète souvent ça devient de la maltraitance. C’est la même chose pour la violence verbale ou psychologique.

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      3. amtess dit :

        Sa reste tout de même de la maltraitance… Et je dirais que quand c’est physique, elle sera plus facile à oublier juste après que la douleur s’apaise mais lorsqu’elle est verbale ou psychologique, l’enfant à du mal à avoir une bonne image de lui même. C’est comme si on lui appelait par son défaut et dès que ses paroles l’atteint il aura un certain dégoût pour lui même. Sa me rappelle une des passages d’Yvan Kastanou sur La réussite ou l’échec d’un individu… intéressant vraiment.

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      4. Monaminga dit :

        Oui, la violence physique est bien plus insidieuse que la violence physique bien que l’une ne soit pas préférable à l’autre. Tu as une bonne compréhension de la chose 🙂

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      5. amtess dit :

        Dans le milieu d’où je viens, la majorité des enfants vivent quotidiennement dans ces genres de situations. C’est vraiment pas facile du tout, mais y vivent avec en attendant de pouvoir se prendre charge.

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